La stratégie de gestion du patrimoine, présentée au chapitre 1.3, lie les buts et objectifs de l'organisation aux mesures nécessaires pour gérer son patrimoine d’infrastructures routières. Des mesures de performance et des niveaux de service (valeurs cibles négociées avec les parties prenantes) doivent être établis pour rendre la stratégie opérationnelle.
Par conséquent, l'organisation doit établir, mettre en œuvre et maintenir des processus et/ou des procédures pour surveiller et mesurer la performance et/ou l'état de patrimoine.
Ce chapitre présente le(s) processus et/ou la(les) procédure(s) pour :
Le(s) processus et/ou la (les) procédure(s) de contrôle de l'efficacité et de l'efficience globales du système de gestion de patrimoine sont traités au chapitre 2.2.
La gestion des performances fait référence à un processus systématique d'évaluation de la capacité de patrimoine routiers à fournir le niveau de service requis. Ce processus doit être appliqué à un réseau routier global plutôt qu'à des sections individuelles.
Les buts et objectifs, essentiels pour la gestion du patrimoine d’infrastructures routières, sont définis en termes de niveaux de service. Afin d'évaluer ces niveaux de service, il faut utiliser des valeurs cibles d'indicateurs de performance, également appelés mesures de performance.
Par conséquent, les organisations routières établissent, mettent en œuvre et maintiennent des processus et/ou des procédures pour mesurer la performance de patrimoine dont elles sont responsables, et pour suivre les progrès vers un résultat ou un objectif (voir figure 1.4.1, PIARC 2012. PAS55 et ISO 55000).
Figure 1.4.1 Processus de gestion des performances
La gestion des performances concourt à la réalisation des objectifs suivants :
• Fournir une approche systématique pour mesurer les progrès dans la mise en œuvre de la gestion de patrimoine ;
• Permettre l'audit et le suivi de la mise en œuvre de la stratégie de gestion de patrimoine ;
• Démontrer comment le financement est utilisé efficacement pour répondre aux besoins des parties prenantes ;
• Assurer le lien entre la vision de l'entreprise, la stratégie de gestion de patrimoine et les opérations de maintenance ;
• Faciliter une communication efficace avec les parties prenantes en démontrant les performances par rapport à leurs exigences ;
• Démontrer toute insuffisance de financement.
Les niveaux de maturité des autorités/agences en ce qui concerne la gestion des performances peuvent être définis comme indiqué dans le tableau 1.4.3.
TABLEAU 1.4.3. DÉFINITION DES NIVEAUX DE MATURITÉ AU REGARDS DES MESURES DE PERFORMANCE.
La mise en place d'un cadre pour la gestion des performances implique d'exprimer les buts et objectifs à long terme de l'organisation routière en termes de niveaux de service souhaités, et de les relier à des mesures et objectifs de performance qui permettent à l'organisation de suivre les progrès accomplis dans l'obtention des résultats escomptés (PIARC 2004). Par conséquent, les principales composantes d'un cadre de gestion des performances sont : les niveaux de service, les mesures de performance et les objectifs de performance (voir figure 1.4.4).
Figure 1.4.4 Cadre de gestion des performances (HMEP 2013)
Comme le montre la figure 1.4.4, un certain nombre de mesures peuvent être choisies pour décrire la performance globale associée à chaque niveau de service.
Lors de l'élaboration d'un cadre performanciel, il est important de comprendre qui est affecté par les performances de patrimoine routiers ; au sein de ce vaste groupe de personnes, trois grandes catégories peuvent être identifiées :
Les activités de collecte et de traitement des données, traitées au point 2.1. doivent être guidées par une vision stratégique cohérente qui précise les buts et les objectifs à atteindre et les mesures qui permettront de quantifier les objectifs, tels que définis par le cadre de gestion des performances.
La méthodologie utilisée pour collecter les données, calculer les mesures de performance, établir les objectifs, et définir les niveaux de service associés doit être entièrement documentée pour référence future. En outre, les autorités/agences peuvent développer une approche pour communiquer les niveaux de service et les mesures aux parties prenantes externes et internes.
La stratégie de gestion de patrimoine énonce ce que l'autorité a l'intention de faire pour gérer son patrimoine d’infrastructures routières ; lors de l'élaboration de la stratégie, les autorités/agences doivent établir la mission et les objectifs (objectifs de gestion de patrimoine). Les objectifs de gestion déterminent généralement la qualité du service à offrir aux parties prenantes, reflétant les aspirations et la disponibilité de l'autorité et les attentes des parties prenantes. Tout service fourni par le patrimoine, affectant les parties prenantes dans leur rôle d'utilisateurs, de contribuables, de partenaires, de représentants élus, de résidents de la communauté, etc. peut être inclus.
La qualité des services susceptibles d'être assurés à l'avenir sur le réseau autoroutier devrait être intégrée dans la définition des niveaux de service. Par conséquent, les niveaux de service sont des énoncés généraux qui décrivent les performances requises pour les éléments de patrimoine de l'infrastructure routière, qui sont l'équilibre entre les attentes des parties prenantes, la vision de l'entreprise et le financement disponible (voir figure 1.4.4.1.1).
Figure 1.4.4.1.1 Exemple d'une structure de direction transitoire (basée sur le groupe de travail d'experts en gestion de patrimoine de transport de la FHWA 2013)
A partir niveau de maturité intermédiaire de la gestion de patrimoine, les niveaux de service peuvent être divisés en deux catégories distinctes : clients/parties prenantes et technique.
Les niveaux de service aux clients sont liés à la manière dont les clients et les parties prenantes reçoivent le service en termes de mesures ou de critères tangibles et intangibles. Ils sont exprimés en des termes que les clients et les parties prenantes peuvent comprendre. Les critères tangibles comprennent l'apparence des installations, la fréquence des interruptions de service, la disponibilité du service, la fréquence des accidents, etc. Les exemples d'éléments intangibles comprennent la rapidité du service, l'attitude du personnel et la facilité à interagir avec l'agence.
Définition du niveau de service au client
Les niveaux de service sont des énoncés généraux qui décrivent la performance de patrimoine d’infrastructures routières en des termes que les parties prenantes peuvent comprendre. Ils doivent être liés aux résultats et couvrir les principaux aspects de la performance de patrimoine tels que la sécurité, la facilité d'entretien et la durabilité. Ils doivent prendre en compte la performance de l'ensemble du réseau plutôt que celle de sections individuelles.
Les niveaux de service techniques soutiennent à la fois les objectifs stratégiques du client et de l'agence ; ils sont généralement exprimés en termes techniques utilisés par le personnel de l'agence ou les contractants. Aux premiers stades de la gestion de patrimoine (niveau de maturité de base), certaines agences utilisent leurs mesures de performance comme des déclarations de niveau de service.
Définition du niveau de service technique
Les niveaux de service sont des énoncés ou des valeurs d'un indicateur de performance clé qui décrivent la performance de patrimoine de l'infrastructure routière en termes techniques et qui peuvent être inclus dans les contrats de prestation de services d'entretien ou les accords de service interne. Ils doivent être liés aux résultats et couvrir les aspects clés de la performance de patrimoine tels que la sécurité, la facilité d'entretien et la durabilité. Ils doivent prendre en compte la performance de l'ensemble du réseau plutôt que celle de sections individuelles.
Chaque organisation routière doit déterminer le nombre et la nature de ses propres niveaux de service, mais dans tous les cas, les niveaux de service doivent être élaborés sur la base de thèmes qui démontrent la relation entre les objectifs d'entreprise de niveau supérieur et toute exigence des parties prenantes pour la fourniture du service, les aspects/thèmes les plus courants étant (voir par exemple la loi P.L. 112-141 aux États-Unis (AASHTO, 2013)) : la sécurité, la facilité de service (réduction des embouteillages, fiabilité du système, etc.), la durabilité (environnementale, esthétique), l'accessibilité (par exemple, réduction des délais de livraison des projets), la performance financière, etc.
Les niveaux de service peuvent être développés par des ateliers, des groupes de discussion, des enquêtes d'opinion publique, un travail en collaboration et des études de marché.
Il convient de noter que les niveaux de service doivent être élaborés selon une hiérarchie qui reflète le niveau de détail croissant des activités de planification (voir figure 1.4.4.1.2).
• Stratégique - Pour fournir un aperçu de la performance globale, généralement à l'usage des parties prenantes ;
• Tactique - Pour informer la prise de décision, notamment en termes d'investissement ;
• Opérationnel – Pour fournir des informations sur les aspects opérationnels du service, tels que la rapidité des réparations ou la performance des prestataires de services qui entreprennent des activités de maintenance.
Figure 1.4.4.1.2 Hiérarchie des niveaux de service (AASHTO, 2013)
Chaque niveau de service doit être soutenu par un ensemble de mesures de performance (voir figure 2), qui permettra de mesurer à la fois les aspects individuels de la performance et le niveau global de service.
Deux types de mesures présentent un intérêt :
Il est pertinent de faire la distinction entre l'état et la performance d'un actif :
Habituellement, pour chaque niveau de service, un certain nombre de mesures de performance sont choisies, et le processus pour les évaluer implique généralement l'agrégation de données brutes (objectives et subjectives, quantitatives et qualitatives), comme le montre le tableau 1.4.4.2.1.
Définition de la mesure de la performance : Diverses mesures de la performance sont généralement requises pour représenter un seul niveau de service, mais elles peuvent être regroupées dans un indicateur de performance clé (KPI) pour décrire le niveau de service. Il peut être approprié d'utiliser différents facteurs de pondération pour chacune des mesures de performance qui contribuent à un niveau de service ou à un KPI (par exemple, l'état des voies piétonnes peut avoir une pondération plus importante que l'état des lignes blanches).
Les mesures de performance sont utilisées pour contrôler si les autorités/agences respectent les niveaux de service et pour rendre compte de la performance réelle. Il s'agit généralement de chiffres ou de notes qui ont une signification pour le personnel concerné, et qui sont calculés en transformant les données brutes. Elles peuvent être techniques ou non techniques.
En règle générale, les mesures de performance peuvent inclure des considérations techniques et non techniques (par exemple, sur la base des résultats d'enquêtes d'opinion publique). Il existe quatre types de mesures des performances :
Les étapes pour identifier les mesures de performance comprennent généralement :
Le point de départ logique pour l'élaboration de mesures de performance est d'identifier quel aspect de la performance est mesuré.
Des indicateurs appropriés pour mesurer les performancesdoivent être :
L'une des considérations fondamentales dans l'élaboration des mesures de performance est de maximiser l'utilisation des données existantes et de minimiser la nécessité de collecter des données supplémentaires.
L'approche SMART peut être utilisée pour sélectionner les mesures de performance réelles. Cette approche évalue les attributs suivants pour les mesures candidates :
Une fois que les mesures de performance sont sélectionnées, il est conseillé que
Les sources typiques de données et autres informations utilisées pour définir les mesures de performance peuvent inclure : les enquêtes publiques d'opinion (lettres, e-mails, appels et blogs), les rapports d'activité, les rapports opérationnels, les données existantes d'inventaires, les données de performance (y compris l'état) et les rapports financiers.
En ce qui concerne les KPI, le groupe de travail 2 (Indicateurs de gestion) d'un ancien comité technique de PIARC sur la gestion de patrimoine (cycle 2008-2011), s'est efforcé d'identifier les indicateurs de gestion existants ainsi que le manque d'indicateurs lorsque cela s'avérait nécessaire (PIARC 2012). Le tableau 1.4.4.2.2 présente quelques exemples du travail effectué par ce comité.
Les progrès dans la réalisation des buts et objectifs de la gestion de patrimoine, tels que décrits par les niveaux de service, sont quantifiés par les valeurs cibles des mesures de performance sélectionnées. Par conséquent, chaque mesure de performance doit être associée à un objectif de performance sur une période de temps, généralement jusqu'à cinq ans.
Les cibles doivent être facilement reconnaissables et comprises par les décideurs de haut niveau et/ou le gestionnaire de patrimoine, selon qu'elles sont stratégiques, tactiques ou opérationnelles.
Le processus de définition des objectifs de performance doit être itératif, en déterminant la meilleure combinaison d'objectifs par rapport à ce qui est abordable. Dans ce processus, il convient de prendre en considération :
• les performances passées et actuelles et ce qui est réalisable ;
• le coût à court, moyen et long terme.
Définition des objectifs
Les objectifs de performance définissent quantitativement la performance qui doit être obtenue afin d'atteindre les niveaux de service requis. Ils doivent être fixés par le personnel responsable de la gestion de patrimoine, être convenus avec les décideurs de haut niveau et être réalisables et abordables.
Le processus de fixation des objectifs de performance peut comprendre des étapes telles que les suivantes (NCHRP, 2006) :
Le tableau 1.4.4.3.1 présente des exemples d'objectifs de performance tels que définis par divers DOT des États américains. Le tableau 1.4.4.3.2 montre des exemples d'objectifs utilisés en Roumanie. Les deux séries d'exemples se réfèrent à la préservation des chaussées.
NOTES :
NP1 - très bonne performance ;
NP2 - bonne performance ;
NP3 - performance moyenne
NP4 - NP5 - mauvaise performance
Trafic exprimé en millions d'essieux standards (msa)
Une fois que les objectifs de performance ont été définis, ils peuvent être utilisés pour comparer les performances actuelles aux performances souhaitées (niveaux de service). Tout écart entre les deux informe sur les programmes de travaux nécessaires pour répondre à la stratégie de gestion de patrimoine.
Une première évaluation des écarts de performance peut être entreprise en identifiant simplement les mesures de performance pour lesquelles la mesure cible n'a pas été atteinte. Il convient toutefois de noter qu'un écart de performance peut exister pour un certain nombre de raisons, comme suit (voir figure 5) :
Écart 1 : Attentes des clients - Perception de la direction : Les attentes du client à l'égard du service fourni ne correspondent pas à la perception qu'a la direction du prestataire de services de ce qui doit être fourni,
Écart 2 : Perception de la direction - Performance réelle : La perception de la qualité du service par la direction ne correspond pas à la qualité réelle du service fourni
Écart 3 : Performance réelle - Performance spécifiée : Le service n'est pas fourni avec la qualité spécifiée dans les normes et/ou contrats pertinents,
Écart 4 : Performance réelle - Communication aux clients : La communication avec les clients a été inadéquate, ce qui a entraîné une perception biaisée du service fourni,
Figure 1.4.5 Modèle d'écart de performance (CSS/TAG, 2004)
Dans la planification et la programmation des travaux, les mesures de performance sont utilisées pour structurer la comparaison des différentes options au niveau du réseau et du projet.
L'utilisation de mesures de performance rend rarement les décisions plus faciles ou automatiques, mais elle peut éclairer le processus de prise de décision et permettre de communiquer plus efficacement les conséquences des choix d'investissement.
Enfin, il faudra veiller à vérifier qu'après la mise en œuvre des programmes, les niveaux de service souhaités sont atteints, en tirant les leçons de tout manque de performance et en les incluant dans toute révision des mesures de performance, des objectifs et des programmes d'action/travaux. Cela fait partie de l'approche du suivi des performances décrite dans la section 2.2.
AASHTO, 2013. Transportation Asset Management Assessment , Department of Transportation - Federal highway Administration, AASHTO Transportation Asset Management Guide: A focus on implementation — Executive Summary , Federal Highway Administration (FHWA) and AASHTO, June 2013 (http://www.fhwa.dot.gov/asset/pubs/hif13047.pdf).
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ISO 55000, 2014. Asset management -- Overview, principles and terminology. ISO standard.
NCHRP 551, 2006. Performance Measures and Targets for Transportation Asset Management, National Cooperative Highway Research Program - Report 551, Transportation Research Board, Washington, D.C. 2006 (http://onlinepubs.trb.org/onlinepubs/nchrp/nchrp_rpt_551.pdf).
PAS 55, 2008. PAS 55: Asset Management – Parts 1 and 2. British Standards Institution's (BSI).
PIARC 2004. The framework for performance indicators, Comité technique 6 Gestion des Routes / Technical Committee 6 Road Management The Framework for Performance Indicators, PIARC Paris France 2004, ISBN 2-84060-165-6 (https://www.piarc.org/en/order-library/13485-en-The%20Framework%20for%20Performance%20Indicators.htm).
PIARC 2012. High level management indicators, Comité technique AIPCR D.1 - Gestion du patrimoine routier/PIARC Technical Committee D.1 - Management of road infrastructure assets, PIARC Paris France 2012, ISBN 978-2-84060-288-1 (http://www.piarc.org/en/order-library/17058-en-High%20level%20management%20indicators.htm?catalog&catalog-topic=33).
Les études de cas suivantes sont présentées dans ce chapitre :
HUGUES ODEON, CEREMA, France
En France, la méthode IQRN est utilisée pour gérer le réseau routier national depuis environ 25 ans. Mais cette méthode n'est pas adaptée aux réseaux routiers locaux, et il n'existe pas d'autre méthode simplifiée. L'objectif principal du projet GEPUR était de fournir une méthodologie unique et partagée pour la gestion des réseaux routiers locaux de l'Est de la France (dix départements). Cette méthodologie a été rédigée par des agents chargés de la gestion quotidienne du réseau routier interurbain et urbain ; le groupe était dirigé par un représentant du Cerema. Le guide final est composé de deux parties, la première pour les réseaux interurbains, et la seconde pour les voiries urbaines. Le cadre de ces deux parties du guide est similaire, mais les routes urbaines ont des spécificités qui influencent leur comportement et leur cycle de vie, ce qui rend nécessaire leur prise en compte.
Le but du projet GEPUR était d'une part de fournir un guide disponible pour les gestionnaires de réseaux routiers et leurs pouvoirs adjudicateurs, et d'autre part de créer un groupe de gestionnaires de réseaux routiers qui pourront partager leur savoir-faire.
Le projet GEPUR a permis aux gestionnaires de réseaux routiers de construire ensemble leur propre méthodologie, en tirant profit de l'expérience de chacun d'entre eux.
Le guide GEPUR propose une méthodologie ouverte. Son application à un réseau spécifique peut être différente selon la politique des pouvoirs adjudicateurs, la longueur du réseau et les capacités financières du département ou de la ville.
En ce qui concerne le plan de gestion de patrimoine, le gestionnaire du réseau routier peut opter pour différentes stratégies. Habituellement, le réseau est divisé en trois ou quatre classes, et la stratégie choisie varie selon les classes.
Tout d'abord, il doit choisir entre différentes priorités :
• Ne réparer que les chaussées les plus dégradées ;
• Adopter une maintenance courante pour ralentir la progression de la dégradation sur une grande partie du réseau ;
• Réparer par logique d'itinéraire, pour éviter la dispersion des travaux ;
• Maintenir les chaussées à un niveau de service élevé pour le réseau primaire, et à un niveau moindre pour le réseau secondaire ;
• La longueur des routes entretenues chaque année doit être en lien avec la longueur totale du réseau et à la durabilité des techniques utilisées.
Ensuite, il doit définir les différentes techniques de maintenance. Chacune d'entre elles présente des avantages et des limites dont il faut tenir compte. Par exemple, si l'entretien courant ne peut maintenir le niveau de qualité de la route que pendant quelques années, un enduit superficiel peut en plus restaurer les caractéristiques de surface de la chaussée (imperméabilité, adhérence) et un béton bitumineux peut en outre contribuer à renforcer la structure.
Il est alors possible de définir les techniques qui seront utilisées sur chaque classe du réseau, ce que la fréquence de maintenance est pour chacun d'eux, et quel pourcentage moyen de la surface sera traité avec chaque technique. Par exemple (tableau 1.4.7.1). sur le réseau de classe 1, il pourrait être possible d'adopter 15 % de béton asphaltique très mince, 15 % de béton asphaltique mince, 20 % de béton asphaltique et 50 % d'enduit superficiel. Sur la classe 3, ces pourcentages peuvent être respectivement de 0 %, 25 %, 0 % et 60 %, avec 15 % de béton bitumineux spécifique pour chaussée souple. La durabilité de chaque technique dépend également du trafic de la route, et donc de la classe (tableau 1.4.7.2).
Table 1.4.7.1: Pourcentage moyen de chaque technique par classe (%)
Table 1.4.7.2: Durabilité moyenne des différentes techniques de maintenance (années)
Enfin, le gestionnaire du réseau routier définit un plan de gestion de patrimoine pour chaque classe du réseau (figure 1.4.7.1), décrivant le type d'entretien à appliquer et sa durabilité moyenne sur une longue période de cycle de vie (30 ans par exemple). Il est alors possible d'évaluer le coût global de ce plan de gestion du patrimoine sur 30 ans, et de l'adapter aux capacités financières du gestionnaire.
Figure 1.4.7.1 Plan de gestion de patrimoine en fonction du type de structure (souple, bitumineuse, rigide) et du traffic
Le guide GEPUR fournit un outil aux gestionnaires de réseaux routiers et à leurs autorités contractantes, qui leur permet de définir leur propre plan de gestion du patrimoine, en fonction de leur politique de qualité et de leurs capacités financières. Ce guide est en deux parties, la première pour le réseau routier interurbain, et la seconde pour le réseau routier urbain.
Group. 2016. GEPUR Part 1 : inter-urban network. IDRRIM. Paris (Fr), June 2016. https://www.idrrim.com/publications/4484.htm
Group. 2018. GEPUR Part 2 : urban network. IDRRIM. Paris (Fr), to be published.
Odéon H., Jung V., Schang J.P. (2015) : GEPUR, une méthode de gestion d’un réseau routier par et pour les collectivités locales, AIPCR 2015, Séoul (Corée du Sud), nov.
Odéon H., Schang J.-P., Jung V. (2017) : GEPUR : a method for managing a road network by and for local authorities, JTTE, USA, Marc-Apr, pp. 104-115.
TIM MASSART, BRRC, Belgium
La marche et le vélo sont des modes de transport écologiques qui devraient faire l'objet d'une plus grande attention à l'avenir. La qualité des voies piétonnes n'est pas toujours très bonne. La planification et la budgétisation de l'entretien sont le plus souvent basées sur des réparations ponctuelles.
Le problème est l'absence d'une méthode d'évaluation complète. Nous avons mis au point une méthode d'évaluation pour les voies piétonnes.
Notre approche est basée sur une analyse du réseau avec un fauteuil roulant, qui est le type d'utilisateur le plus "sensible" de la voie piétonne. Ce fauteuil roulant est équipé de capteurs et d'un dispositif de mesure de l'adhérence. Trois paramètres (confort / inégalité longitudinale dans le sens de la marche, pente dans le sens de la marche et dénivelé) peuvent être mesurés en une seule fois, et une mesure de l'adhérence est effectuée dans chaque section du réseau.
Nous aimerions présenter cet équipement de mesure dont les résultats ont été maintenus jusqu'à présent. En outre, nous souhaitons promouvoir cette approche et montrer la bonne relation entre l'appareil de mesure objectif et l'évaluation subjective de l’échantillon de sites testés.
Inventaire et inspection efficaces des voies piétonnes.
L'objectif de cet outil est de mesurer en 1 passage le confort, la pente transversale et longitudinale d'un chemin de promenade de manière objective.
En mesurant les 3 caractéristiques mentionnées ci-dessus, de manière objective, nous éliminons les plaintes subjectives des citoyens.
Au niveau national et international, il n'existe actuellement aucun outil objectif permettant de déterminer cette qualité des trottoirs de manière continue, rapide et rentable. Le concept est trop souvent abordé de manière subjective, sur la base du sentiment que nous avons en tant que participant à la circulation dans un espace public. C'est pourquoi le Centre de recherche routière belge a décidé en 2015 de développer un instrument de mesure pour évaluer les chaussées selon trois critères fondamentaux pour les piétons : la planéité (confort), la résistance au dérapage (résistance au glissement) et la pente (transversale et longitudinale).
Les paramètres techniques pertinents à recueillir pour l'évaluation des trottoirs sont les suivants :
Largeur de l'allée
Les différents utilisateurs ont besoin de largeurs de passage différentes. Dans ce concept, nous utilisons un fauteuil roulant. Nous partons du principe que les personnes à mobilité réduite sont les utilisateurs les plus "sensibles" d'une voie piétonne. Si les personnes en fauteuil roulant, en voiturette ou dans un autre véhicule peuvent se déplacer de manière acceptable, le critère est rempli.
Irrégularités longitudinales / confort
La sensation de confort sur une voie piétonne varie grandement selon le type d'utilisateur. Dans le concept proposé dans cet article, nous mesurerons le confort avec un fauteuil roulant équipé d'un accéléromètre. Cette évaluation est objective et rigoureuse, car c'est l'utilisateur d'un fauteuil roulant qui souffre le plus du manque de confort sur une voie piétonne.
Pente transversale / inclinaison
La pente transversale devrait normalement être inférieure à 2 %. Ce paramètre sera mesuré en permanence dans le concept proposé ci-dessous.
Concept de base (V0)
Après avoir analysé les outils disponibles et la manière dont les inspections sont effectuées dans d'autres pays, nous avons constaté qu'aucun appareil existant ne peut mesurer toutes les caractéristiques pertinentes à un prix abordable. C'est pourquoi nous proposons le concept décrit ci-dessous. (Cette méthode de mesure doit encore être affinée et l'équipement de mesure doit encore être développé).
L'élément de base de la méthode est un fauteuil roulant. Nous proposons de le transformer en véhicule de mesure. Le châssis du fauteuil roulant ainsi que les roues et la charge (poids dans le fauteuil roulant) seront déterminés expérimentalement, dans un premier temps. Il semble intéressant de choisir le châssis et les roues de manière à minimiser la suspension et l'amortissement, en vue d'obtenir un appareil de mesure très sensible.
Figure 1.4.7.2 Concept de base (Source: BRRC)
Un smartphone est fixé sur le châssis et les paramètres suivants peuvent être mesurés :
En 2016, un premier prototype (VO) a été développé par le CRR, Celui-ci était matérialisé par un fauteuil roulant sur lequel étaient fixés des smartphones contenant un GPS et un accéléromètre (équipements intégrés par défaut dans tous les smartphones), Cet équipement a fourni des chiffres concernant le confort du revêtement (note sur 10), Ce confort est évalué via l'accéléromètre qui va mesurer les accélérations verticales générées par la surface du revêtement sur le fauteuil roulant et donc in fine sur l'utilisateur, Afin de mesurer également l'adhérence du revêtement, un outil complémentaire à la disposition du CRR a été utilisé : le Portable Friction Tester (PFT) – (plus d'informations disponibles sur www.brrc.be/fr/article/fl30l_06 et www.vti.se/en/PLiblications/PLiblication/road-marking-fnction_669533).
Fin 2016, des enquêtes ont été menées avec ce prototype et l'outil PFT sur onze sites "test" situés dans le centre de Bruxelles, chacun avec un revêtement différent : deux en asphalte, deux en béton et sept en pierre naturelle.
En avril 2017 et en collaboration avec Bruxelles Mobilité, l'adhérence et la planéité de ces onze sites ont ensuite été évaluées par différents utilisateurs lors d'une matinée organisée par le CRR, L'objectif de cette démarche était de vérifier si les résultats obtenus par les appareils de mesure reflétaient le ressenti des piétons. Au total, vingt-huit participants ont pris part à cet exercice de terrain : dix-huit piétons valides et dix personnes à mobilité réduite (personnes en fauteuil roulant, personnes marchant difficilement, personnes ayant une déficience visuelle). Une fiche de test a été remplie par chaque participant et pour chaque site,
Figure 1.4.7.3 Evaluation des cheminements par des usagers (Source: BRRC)
A la fin de l'analyse et comme l'illustre le graphique de la figure I.4.7.4. un classement des sites selon le confort du revêtement perçu par les utilisateurs a été effectué, Le classement obtenu à partir des données subjectives recueillies par les vingt-huit utilisateurs (bleu clair sur le graphique), comparé à celui obtenu avec les données chiffrées recueillies par le prototype (bleu foncé), montre qu'une corrélation existe sur cette notion de confort.
Figure 1.4.7.4 Classement du confort (Source: BRRC)
Fort de ce constat encourageant, le CRR a décidé au cours de l'été 2017 de développer un deuxième prototype (VI) ayant plusieurs objectifs:
Présenté en avant-première sur le stand du CRR au Congrès belge de la route à Bruxelles début octobre 2017, cet équipement permet de mesurer en continu et de manière "géolocalisée" le confort et les pentes longitudinales et transversales des trottoirs et autres espaces piétonniers, La mesure de l'adhérence ne peut actuellement pas être effectuée par cet équipement et nécessite toujours l'utilisation d'équipements supplémentaires (outil PFT pour la mesure continue (tests en cours), pendule SRT (Skid Resistance Tester pour la mesure de points). Ce deuxième prototype et les capteurs qui le composent sont présentés sur la figure 1.4.7.5.
Figure 1.4.7.5 Second prototype (Source: BRRC)
En été 2018, nous avons étudié un centre ville complet en Belgique avec l'équipement de mesure. Dans la carte ci-dessous, vous trouverez les résultats sur le confort des voies piétonnes pour l'ensemble du centre-ville.
Figure 1.4.7.6 Evaluation du confort pour l'ensemble d'un réseau (Source: BRRC)
Cet équipement fonctionnel est désormais intégré dans la famille des équipements de contrôle routier disponibles au CRR. Il peut être utilisé pour répondre à une assistance technique externe spécifiquement orientée vers la qualité d'utilisation des revêtements pour piétons.
L'administrateur de la route pourra classer les différents revêtements pour piétons en fonction du confort (équipement de passage des roues) et des mesures d'adhérence (PFT). La figure suivante montre une grille de décision qui peut être utilisée pour déclencher une intervention. Dans la zone verte (VG Very Good), nous avons un revêtement pour piétons avec de très bons scores en matière de confort et d'adhérence. Dans les zones rouges, nous avons au moins un problème (adhérence ou confort). Sur cette base, nous pouvons choisir une mesure justifiée.
Figure 1.4.7.7 Grille d'évaluation des revêtements des voies piétonnes (Source: BRRC)
Le concept présenté ci-dessus a été testé dans la pratique. Nous allons explorer différentes stratégies pour mettre cet équipement sur le marché.
La marche et le vélo sont des modes de transport écologiques qui feront l'objet d'une plus grande attention à l'avenir. La qualité des voies piétonnes n'est pas toujours très bonne. Dans la plupart des villes, les gestionnaires des routes ont des difficultés à estimer le niveau de qualité de leur réseau de voies piétonnes. La planification et la budgétisation de l'entretien se fondent le plus souvent sur des réparations ponctuelles. Grâce à cette méthode d'évaluation complète, les administrateurs pourront gérer cet actif de manière plus efficace et avec une approche bien déterminée.
Après cette inspection, l'administrateur aura une bonne vue d'ensemble de la qualité de son réseau de passerelles. Il trouvera facilement les sites qui ont besoin d'un entretien. D'autre part, il acquerra de l'expérience pour différents types de chaussées pour voies piétonnes. Grâce à cette expérience, l'administrateur sera en mesure de décider quel type de revêtement convient à quelle voie piétonne.
Tim Massart, 2018. The Belgian Road Research Center strives to develop a Tool that measures the usability of pedestrian surfacing/ Routes/Roads n°377 – 2nd quarter 2018. Location.